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Le carnet de l'économe · Chapitre 1 · Tes fournisseurs

Maison B : lire la facture du distributeur de boissons, consignes comprises

Maison B, anciennement Maison Bonifassi, est un distributeur de boissons pour cafés, hôtels et restaurants des Alpes-Maritimes et de Monaco depuis 1888, basé à Carros. Son site officiel revendique environ 900 clients dans le CHR. Elle est immatriculée sous le SIREN 971 801 865 (fiche officielle sur l'Annuaire des Entreprises). Nous avons lu près de 190 factures de ce distributeur, environ 2 500 lignes, entre fin 2023 et 2026.

Une facture de boissons est la seule où l'argent circule dans les deux sens : des produits facturés, des consignes versées, des vides repris, des promos déduites, des frais ajoutés. Cinq lignes de cette facture ne sont pas des achats du tout. C'est exactement ce qui la rend intéressante à lire.

Une facture type : douze lignes de produits, et cinq lignes qui ne sont pas des achats

D'abord les produits, avec le prix recalculé au contenant (montant ÷ nombre de bouteilles ou de litres, jamais une colonne recopiée) :

Désignation (telle que lue)ConditionnementPrix recalculé
COMTE N°1 BLONDE BIO (fûts 30 L)fût de 30 L124,74 €/fût · 4,16 €/L
CAFE PTI COSTAUD GRAIN 1KGau kilo23,26 €/kg
SAN PELLEGRINObouteille0,87 €/bouteille
PROSECCO EDOARDO ROTA DOC TREVISObouteille6,02 €/bouteille
Eau plate Vittelpetit format0,43 €/bouteille
Vittel 1 Lbouteille d'un litre0,85 €/bouteille
Milliat Abricot Bergamotebouteille1,46 €/bouteille
Limonade Comté Citron Biobouteille1,21 €/bouteille
FEVER TREE TONIC WATERbouteille1,18 €/bouteille
Perrierbouteille0,59 €/bouteille
COCA COLA VC 33CLbouteille0,99 €/bouteille
COCA COLA ZERObouteille0,91 €/bouteille

Puis les lignes qui ne sont pas des achats : une consigne de caisses facturée (+11,00 €), quatre reprises de vides (−4,20 €, −30,00 € le fût, −50,40 € pour douze caisses, et −85,00 € pour un tube de CO2 de 10 kg), une « PROMO MAGASIN » (−31,14 €) et une « Indexation énergie » (+1,60 €).

Leçon nº 1 : la monnaie du bar, c'est le contenant servi

Ici, ni kilo ni litre abstrait : on raisonne au contenant facturé, puis au verre servi. Le fût de bière bio à 124,74 € les 30 litres, c'est 4,16 €/L, soit 1,04 € de matière par demi de 25 cl. Le Prosecco à 6,02 € la bouteille, c'est environ 0,75 € la coupe. Le Coca en verre consigné, 0,99 € la bouteille servie telle quelle. C'est cette monnaie-là qui se compare au prix de ta carte : le passage du contenant au coefficient est expliqué dans notre guide du food cost.

Au passage, la facture donne une leçon de gamme sur l'eau : la même Vittel coûte 0,85 € en bouteille d'un litre et 0,43 € en petit format, San Pellegrino 0,87 €, Perrier 0,59 €. À la table, le choix du format et de la marque, multiplié par des milliers de couverts, est une vraie décision d'achat.

Leçon nº 2 : la consigne est une trésorerie qui voyage

Sur cette facture, 11 € de consignes sont facturés et 169,60 € de vides sont repris, dont le tube de CO2 à 85 € pièce. Solde du jour : −158,60 € en faveur du restaurant. À l'échelle de nos factures, le flux est massif : plus de 5 200 € de consignes facturées sur la seule année 2024, environ 2 900 € repris la même année, et près de 3 000 € encore repris en 2025 quand les vides sont repartis.

La règle : une consigne n'est ni un achat ni une charge, c'est une créance sur le distributeur. Elle sort du coût matière, et elle se suit comme un compte : chaque caisse, chaque fût, chaque tube de CO2 qui traîne en cave est de la trésorerie immobilisée. Un inventaire des vides avant chaque livraison rend cet argent.

Leçon nº 3 : la promo se vérifie ligne à ligne

La ligne « PROMO MAGASIN » affiche −31,14 €. Or, quelques lignes plus haut, la facture porte « SAN PELLEGRINO VC », trois caisses, +31,14 €. La promo annule exactement cette ligne : trois caisses offertes, réelles, vérifiables au centime. C'est la bonne nouvelle ; la règle qui va avec : une promo doit toujours se recouper avec une ligne positive de la même facture. Celle qui a été promise au commercial et qui ne se recoupe avec rien, elle se réclame.

Leçon nº 4 : le café, un saut de tarif unique, pas une dérive

Le café en grain Pti Costaud, suivi en médiane trimestrielle sur le même code article :

Café en grain (médiane)T4 2024T1 2025T2 2025T2 2026
Prix au kilo recalculé18,86 €20,06 €23,26 €23,26 €

+23 % en six mois, puis plus un centime pendant cinq trimestres. Le contexte : le cours mondial de l'arabica a atteint des records début 2025, en hausse de plus de 131 % sur un an (Industrie Agroalimentaire, Banque mondiale). Le distributeur a donc passé le choc une fois, puis tenu son tarif ; le Prosecco, lui, n'a pas bougé de 6 € la bouteille sur la même période. La leçon de négociation : un saut de tarif est daté et motivé par un marché. Quand ce marché retombe, le tarif ne redescend jamais tout seul ; il se renégocie, la date et le chiffre en main.

Même famille de lignes à surveiller : l'« Indexation énergie » (1,60 € par mois, TVA 20 %), petite cousine des frais carburant qu'on trouve chez Félix Potin. Para-tarifaire, hors matière, et cumulable : ces frais se listent et se discutent en bloc au moment de négocier.

La routine boissons, en cinq gestes

  1. Sépare trois familles avant tout calcul : les produits, les consignes et reprises (ni achat ni charge), les frais (indexation énergie).
  2. Recalcule au contenant servi : montant ÷ bouteilles, ÷ litres de fût, puis au verre (demi à 1,04 €, coupe à 0,75 €).
  3. Tiens le solde de vides (caisses, fûts, CO2) et fais l'inventaire avant chaque livraison : c'est de la trésorerie.
  4. Recoupe chaque promo avec sa ligne positive ; réclame celles qui manquent.
  5. Note les sauts de tarif avec leur date et leur contexte marché (café : +23 % début 2025, arabica record) : c'est ton dossier de renégociation.

En bref

La facture du distributeur de boissons est un compte courant plus qu'une liste d'achats : des produits qui se raisonnent au contenant servi, des consignes qui font l'aller-retour, des promos vérifiables au centime, des frais para-tarifaires et des sauts de tarif datés. Bien lue, elle rend de la trésorerie (les vides), des caisses gratuites (les promos à réclamer) et des arguments de négociation (le café). Mal lue, tout cela se fond dans « les boissons ».

Sources et méthode

Questions fréquentes

Maison B, c'est quoi ?

Maison B, anciennement Maison Bonifassi, est un distributeur de boissons pour cafés, hôtels et restaurants des Alpes-Maritimes et de Monaco depuis 1888, basé à Carros. Il livre les eaux, sodas, jus, bières en fûts, café et vins effervescents d'environ 900 établissements.

Comment lire les lignes de consigne et de reprise de vides ?

Une consigne n'est ni un achat ni une charge : c'est une somme versée pour l'emballage (caisse, fût, tube de CO2, jusqu'à 85 € pièce), remboursée à la reprise des vides. Il faut la sortir du coût matière et suivre son solde : les vides qui traînent en cave sont de la trésorerie immobilisée. Sur nos factures, plus de 5 000 € de consignes ont été facturés sur la seule année 2024, repris pour l'essentiel ensuite.

Les promos d'un distributeur de boissons sont-elles réelles ?

Oui, quand elles se recoupent : sur notre facture, la ligne « PROMO MAGASIN » de −31,14 € annule exactement une ligne de trois caisses de San Pellegrino à +31,14 €, donc trois caisses offertes. La règle : chaque promo doit se recouper avec une ligne positive de la même facture ; celle qui manque se réclame.

Pourquoi le prix du café a bondi d'un coup sur mes factures ?

Le cours mondial de l'arabica a atteint des records début 2025 (+131 % sur un an). Sur nos factures, le café en grain est passé de 18,86 à 23,26 €/kg en six mois (+23 %), puis n'a plus bougé pendant cinq trimestres. C'est un saut de tarif unique, daté : quand le cours retombe, le tarif ne redescend pas tout seul, il se renégocie avec la date et le chiffre en main.

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